Sikander
Un sourire, une tarte.
Un sourire, une tarte.
22/06/10
Il y a des gens qui, à propos de certains problèmes, font preuve d’une grande tolérance.
C’est souvent parce qu’ils s’en foutent.
[Mark Twain]
12/05/10
Flashback #2 – 2008
Son souvenir me vient parfois quelques matins quand j’ouvre les yeux et que je tourne la tête en m’apercevant de son absence. Je me souviens de la douceur des choses et de mon insouciante paresse quand je me sentais sauf et protégé de tout.
J’ouvrais les yeux doucement en humant le parfum du matin. La fenêtre était entre-baillée, mon chien Cloud, un labri des Pyrénées sabré, dormait paisiblement à mon chevet. Je tournais la tête lentement en plissant mes yeux entre deux traits d’un rayon de soleil passant à travers la vitre et je contemplais ce garçon. Mon Romain.
Il n’était plus tout jeune, sa barbe commençait à être garnie et cela le vieillissait encore plus. Ses sourcils épais et ses cheveux noirs en épis lui donnaient ce petit air sauvage du matin qui lui allait si bien. Je le voyais ronfler doucement et cela dessinait toujours un petit sourire au coin de mes lèvres. Je me blottissais alors tout contre son corps chaud endormi et je me remettais à somnoler, bercé par ses ronflements réguliers.
Il se réveillait toujours doucement en sentant la chaleur de mon corps nu contre le sien et il refoulait son excitation matinale pour ne pas me brusquer. Il m’enveloppait alors de ses larges bras poilus et me serrait contre son buste. Nous restions ainsi quelques minutes, à nous éveiller à nouveau dans un nouveau jour. Tous les deux à nous rouvrir délicatement au reste du monde.
En fait, je n’aimais presque que nos réveils et nos couchers parce qu’en dehors de ces moments intimes, il était plutôt froid et distant. Mais ça m’allait bien. J’étais juste doux et solitaire, mais je savais que dans tous les cas, il serait là le soir et c’était bien assez pour me rassurer. C’était peu de choses mais finalement plus qu’assez pour notre bonheur quotidien.
Lorsque ses sens étaient tous de nouveau fonctionnels, il n’hésitait pas à bousculer les miens en me chatouillant violemment sur les hanches et sous les aisselles. Il avait l’air d’adorer mes rires, mes sourires, parce qu’il ne cessait jamais de m’embêter. Et je l’embêtais aussi à ma manière, en lui prenant les mains et en les glissant de mon bassin à mes fesses en lui mordant les joues. C’était l’histoire de quelques minutes avant de vaguer à nos vies mais ce sont ces instants anodins qui rendaient les choses simples et précieuses.
Plus rien n’est compliqué le matin quand on ouvre doucement les yeux et qu’on entends la respiration lente et régulière de ce garçon si singulier dans notre lit.
Les années ont passées mais je suis encore et je serai toujours envouté par cette douceur matinale. C’est souvent dur d’ouvrir les yeux et de réaliser qu’on est seul dans son lit, quand on sait combien la chaleur d’un corps est généreuse et bon pour le coeur. Romain n’est plus là mais je ne le remercierai jamais assez pour ses années à me retenir dans ses bras. Je les aime plus que tout, ces petits matins rosés routiniers, et ils ne sont pas bien loin.